UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA PROSTITUTION AU JAPON
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L’origine de la prostitution orientale prend racine dans les plus anciens textes bouddhiques qui évoquent le personnage d’Ubaï, une enfant abandonnée qui vécut en Inde au temps du premier Bouddha (vers le 560-480 siècle avant J-C).
Ubaï était d’une telle beauté que tous la désiraient, et comme elle ne pouvait se consacrer un seul homme, elle fit le choix de s’offrir à tous, et devint la première prostituée de sa cité.
Elle faisait don de tout l’argent qu’elle recevait à Bouddha qui lui enseigna ses préceptes; de sorte qu’à la fin de sa vie, Ubaï obtint le titre debhiksumi, le grade le plus élevé de la hiérarchie monacale.A l’instar des autres pays, l’histoire de la prostitution au Japon remonte à une origine très ancienne qui s’est mâtinée de plusieurs influences, notamment celles de la Chine pour ce qui concerne le classement et la répartition des prostituées en catégories.
À partir de 715, et jusqu’à l’époque Heian (IXe-XIIe siècle), il existait 3 catégories principales:
¤ Prostituée de cour
¤ Prostituée pour fonctionnaire
¤ Prostituée du peupleAvec la prospérité que connut alors le Japon, le nombre de filles de joie augmenta considérablement alors qu’il n’existait toujours aucun quartier pour cadrer cette fonction.
C’est seulement en 1589 que naît à Kyôto un premier quartier réservé intitulé « quartier où le château décline » (par référence aux guerriers qui venaient dilapider leurs richesses auprès des prostituées au lieu de défendre et entretenir leur domaine)Les quartiers de plaisirs, un voyage au coeur du monde des courtisanes japonaises

Ce fut finalement un humble tenancier d’une maison close à Edo qui suggéra au shôgun Ieayasu Tokugawa de créer un quartier exclusivement consacré à la prostitution, d’autant que les richesses de cette nouvelle capitale le permettaient alors.
Le shôgun refusa d’abord en prétextant qu’une telle création supposerait une reconnaissance légitime de la prostitution par le régime, mais finit par céder en raison des nombreux avantages que présentait un tel encadrement:
– L’instauration de «quotas de consommation» (une relation par nuit avec une prostituée), afin que les hommes ne se prélassent pas nuit et jour dans ces maisons. Il est interdit aux clients de demeurer plus de 24h là-bas.
– Le contrôle de l’identité des prostituées, afin de réguler le problème de la traite des femmes et les enlèvements.
– Le contrôle de l’identité des clients: en particulier ceux qui sont opposés au shogunat et qui se dissimulent dans les maisons closes.
L’identité d’un client suspect devra immédiatement être rapportée au bugyô-sho, le bureau du Gouverneur de la ville. Les rônins sont également interdits d’accès.

C’est ainsi que naquit le quartier de Yoshiwara, alors à la périphérie d’Edo.
Son nom signifie «la landes aux roseaux» (吉原), mais un jeu de mot avec le kanji yoshi 吉 lui donne le sens de « lande de la bonne fortune ».
La création de Yoshiwara marque la fin des 200 maisons de bains qui existaient alors à Edo et où s’exerçaient illégalement la prostitution. C’était également le moyen de supprimer les formes de concurrence déloyale et de canaliser les hommes vers les quartiers officiels.
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Entrée de Yoshiwara, par Hiroshige
Ce type de prostitution par quartiers (Yoshiwara à Edo, Shinmachi à Osaka et Shimabara à Kyôtô) perdura jusqu’à l’abolition officielle de la prostitution au Japon, en 1956.
Cette interdiction très formelle n’a en rien endigué la pratique du mizu shôbai (水商売), qui désigne le commerce du sexe en général.
L’interdiction de 1956 concerne la pratique et la sollicitation de la prostitution, le fait de l’abriter ou d’y contraindre une personne.
Cependant, le terme de prostitution recoupant exclusivement le contact génital/génital, toutes les pratiques annexes (entre autres fellation et sodomie) ne sont pas illégales à proprement parler.
De nouveaux types de commerces principalement gérés par les yakuzas sont ainsi venus remplacer les maisons closes, et aujourd’hui le mizu shôbai représente à lui seul 1% du PIB japonais.

LE QUARTIER DE YOSHIWARA
Les quartiers de plaisirs, un voyage au coeur du monde des courtisanes japonaises
Plan du quartier de Yoshiwara, en 1905

Demeuré célèbre pour avoir été un des hauts lieux de la prostitution japonaise à partir du XVIIe siècle, le quartier de Yoshiwara observait une réglementation et une organisation strictes, et la fréquentation des plus hautes courtisanes y était très ritualisée. Il serait inexact de réduire ce lieu à un simple réservoir à stupre, car le plaisir que venaient y chercher les seigneurs était tout aussi bien d’ordre intellectuel que physique.
Les artistes, les peintres et les poètes, venaient y chercher l’inspiration parmi les plus belles tayûs (courtisanes instruites du plus haut rang), et les oirans(grade apparu quelques temps après, mais désignant également la première courtisane) que l’on retrouvait dans les oeuvres de l’ukyo-e, ainsi que dans les estampes érotiques , représentant une courtisane et son client
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shunga.
Le quartier abritait également de nombreuses scènes de kabuki, genre théâtral hautement populaire où exerçaient de nombreuses prostituées, avant que les femmes ne se voient interdites de rôle dans les pièces de kabuki, en 1629

Yoshiwara était ainsi un centre où le plaisir physique se doublait d’une très importante émulation intellectuelle, dont étaient conscientes les courtisanes elles aussi garantes de cette culture.
Le raffinement de ce lieu trouvait sa consécration dans l’Oiran Dôchû, le défilé de l’oiran, qui se déroulait trois fois dans l’an, pour célébrer chaque type de floraison saisonnière.
Les maisons closes étaient donc loin d’être la seule unité composant ce quartier , et les bordels y côtoyaient les maisons de thés, moins connues, mais néanmoins essentielles dans l’entretien des rapports clients/courtisanes.

Les maisons de thé (hikite-jaya)
Si les maisons de thés n’étaient pas des maisons closes à proprement parler, elles concouraient au bon déroulement des relations qui s’effectuaient à Yoshiwara.
C’est par leur entremise que le client inexpérimenté s’assurait de trouver ce qu’il était venu y chercher.
Elles oeuvraient avant tout pour qui désirait contacter une tayû, ou plus tard une oiran, qui furent les deux types de courtisanes les plus réputées de ces quartiers de plaisirs, à la différence de la simple prostituée, exposée dans des cages pour appâter le client.
Pour entrer en contact avec cette dernière, la procédure n’était ni aussi longue, ni aussi complexe que pour rencontrer une courtisane de haut rang.
En 1640, peu de temps après son ouverture, le quartier de Yoshiwara comprenait 36 maisons de thé pour 25 maisons closes. Pour obtenir les faveurs des courtisanes les plus prisées, le client devait d’abord se présenter là-bas afin d’être accueilli par la tenancière de la maison de thé qui le remettait entre les mains d’une servante.
Le rôle de ces servantes était extrêmement important car c’était elles qui faisaient la réputation de l’hikite-jaya, et c’est également elles qu’on admonestait en cas de problème.
La servante se chargeait du client durant toute la durée de son séjour à Yoshiwara et devait subvenir au moindre de ses besoins.
L’identité du client était recensée dans le registre de la maison de thé, où il en était fait une description minutieuse(comprenant son nom, son aspect, ses types de vêtements, ses objets personnels, son statut social…).
Après quoi, un intendant venait lui demander le nom de la maison où il désirait se rendre et la dame qu’il voulait voir, s’il avait déjà sa propre idée.
Si ce n’était pas le cas, il lui présentait un livret répertoriant les différentes courtisanes du quartiers (plus tard des photos viendront améliorer ce type de registres).
Une fois cette étape franchie, la servante escortait le client jusqu’à la maison close, où commençaient les négociations pour obtenir la faveur de la courtisane.
Il pouvait se révéler extrêmement difficile d’y arriver, car dans certaines maisons les tayûs les plus renommées avaient la possibilité de choisir leurs clients, et pouvaient très bien décider de repousser les avances de certains d’entre eux.
Si la tayû acceptait la rencontre, il se passait encore trois rendez-vous avant qu’elle ne s’offre, au cours desquels étaient donnés de fastes banquets à la charge du client (afin de vérifier si celui-ci était réellement en mesure de s’offrir les charmes de la courtisane).

 
Les maisons closes (seirô)
Le lieu de travail, mais également de résidence des courtisanes.
A l’instar de l’okiya des geishas, les seirôsjouissaient d’une organisation complexe et d’un personnel qui pouvait se révéler important.
Il existait trois types de maisons :
– Les grandes maisons dotées de nombreuses chambres, où résidaient les courtisanes de haut rang et leurs servantes, dans leurs appartements.
– Les maisons de second rang, plus petites, où se trouvaient les courtisanes plus modestes.
– Les petites maisons, abritant les prostituées de basse classe.
Traditionnellement, la devanture de ces maisons était constituée par des
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cages d’exposition
cagespeintes en rouge où étaient exposées les courtisanes peu gradées.
Ces cages étaient elles-mêmes très connotées : les maisons closes les plus réputées possédaient de long barreaux verticaux ; les établissements plus modestes arboraient des barres soit plus petites, soit disposées horizontalement.
Quant aux bordels de première classe, ceux-ci n’exposaient pas leurs courtisanes à la vue de tous et ne possédaient ainsi pas de cages.
Lorsque les quartiers de plaisirs commencèrent à fleurir, il était stipulé que les maisons closes devaient être discrètes et ne pas posséder de devanture tape-à-l’oeil. Néanmoins, la renommée des maisons se construisit progressivement de plus en plus sur leur luxe autant que sur leurs femmes.
Aux meubles précieux venait s’ajouter une literie somptueuse qui se devait d’être offerte à la yûjo(femme de plaisir) par le client lors de leur première nuit.UN MONDE HIÉRARCHISÉ
Tout comme il existait une hiérarchie des bordels, il y avait également une hiérarchie des prostituées qui connut des variations nombreuses au fil du temps.
A la fin du XIXe siècle, on finit même par ne plus établir de grande distinction entre les yûjos, en dehors bien sûr des tayûs et des oirans, qui demeuraient les reine incontestées du quartier des plaisirs.
Il convient cependant de bien distinguer les courtisanes – instruites, et dotées d’une plus ou moins grande valeur culturelle – des simples prostituées ou filles de joie dont les services sont avant tout d’ordre sexuel.
Yûjo est traditionnellement le terme qui recoupe l’ensemble des femmes de plaisir.
La hiérarchie des courtisanes avant 1750
Tayû.
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Une des premières tayûs, au XVIIe siècle.

Il s’agissait du grade le plus haut qu’une courtisane pouvait atteindre.
Aujourd’hui, tayû et oiran sont employés de manière indifférenciée pour désigner le plus haut rang des courtisanes, même si latayû prédomine souvent.
Apparue à une époque où les geishas n’existaient pas encore, la tayû se devait d’être instruite aussi bien des arts de l’amour que ceux de la culture.
Elle connaissait le chant, la musique et la danse, l’art de converser, ainsi que l’ikebana, la calligraphie et la cérémonie du thé.
Si son talent et sa beauté hors-pair lui garantissaient d’être traitée avec les égards dus aux personnages de l’aristocratie, elle était soumise à des règles de conduite extrêmement strictes.
La moindre entaille dans son comportement pouvait suffire à la destituer de sa place.
A la différence des courtisanes de plus basse extraction, la tayû pouvait s’offrir le luxe de refuser les avances d’un client; obtenir ses faveurs découlait d’un rituel long et complexe au cours duquel l’intéressé devait être recommandé auprès de la courtisane par lettre, qu’elle accepte, et passer encore trois rendez-vous supplémentaires et onéreux avant de finalement pouvoir entrer dans l’intimité de la tayû.
Les refus étaient fréquents, d’où l’importante rivalité qui sévissait entre les clients.
Il était interdit aux prostituées de cette époque de porter des broderies d’or ou d’argent, de sorte que l’apparence des premières tayûs était relativement humble comparé aux oirans qui leur ont succédé.
La tayû était à l’image de la femme idéale, en termes de savoir-faire et de culture, et à l’instar des femmes mariées, ces courtisanes se noircissaient les dents et portaient le obi noué sur le devant.
Si l’on croit souvent que porter le n½ud à l’avant était réservé aux prostituées par souci pratique (plus facile à enlever et à remettre), cette coutume était en réalité présente chez les femmes mariées, comme symbole de leur engagement.
Il était d’ailleurs rare qu’une courtisane de haut rang enlevât son kimono lorsqu’elle se trouvait seule avec un client, considérant la complexité que cela demandait pour s’en vêtir.
Chaque tayû pouvait avoir auprès d’elle jusqu’à trois kamuros, des petites servantes d’entre 5 et 13 ans qui les assistaient tout au long de la journée.
Le nombre de tayûs, qui était de 18 à Yoshiwara en 1642, tombe à une seule en 1751, pour disparaître totalement à compter de cette date, à la faveur d’une nouvelle courtisane de haut rang, l’oiran.

Kôshijorô
Venant immédiatement après la tayû, la kôshi est plus accessible, quoique malgré tout soumise elle aussi à un ensemble de règles.
On la sollicite par lettre, elle peut également éconduire un client, mais le fera moins souvent que la tayû.
En outre, il est bien plus facile d’accéder à une kôshi, qui ne nécessite qu’un rendez-vous, là où la tayûen demande trois.

Tsubonejôrô

Le mot tsubone était autrefois employé pour les appartements des femmes à la cour des princes et des daimyôs.
Accolé au terme «jorô» (prostituée), il désigne un rang de courtisanes qui ont suffisamment de prestige pour posséder leur propre chambre, mais pas assez pour avoir la liberté de refuser les avances d’un client, à la différence des la tayû ou des kôshjorôs.
Aucune procédure n’est nécessaire pour entrer en contact avec elles. Elles sont remplacées par les umechajorôs à l’ère Genroku (1688-1704).

Hashijorô
Le grade le plus bas de la hiérarchie des courtisanes.
Elles n’ont pas de chambre personnelle et sont contraintes d’en louer une, ne peuvent bien sûr pas décliner les clients qui se proposent, et ne nécessitent aucune procédure particulière.
Ce sont principalement les hashijorôs qui sont présentées dans les cages des maisons closes.
Elles sont progressivement remplacées par les sanchajorôs, qui sont à la base des filles de bains placées dans le quartiers des maisons closes par souci de surveillance.

Autour de 1700, avec l’émergence d’une classe bourgeoise riche et d’une grande prospérité marchande, la demande croissante de sanchajorôs, plus abordables, contribua au déclin des tayûs et des kôshijorôs, en même temps que déclinaient le talent et le raffinement des courtisanes.
L’apparition des geishas allait également avoir un impact majeur, puisque si auparavant les courtisanes se devaient d’exceller en amour et dans les arts, dès lors la pratique des arts revint aux geishas, tandis que celle de l’amour resta aux courtisanes.
La hiérarchie précédente cessa dès lors d’exister pour laisser place à une nouvelle définition des rangs, le Yobidashi.

La hiérarchie des courtisanes après 1750
L’oiran
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Une oiran, dont la tenue s’est complexifiée depuis l’âge des premières tayûs
C’est l’équivalent de la tayû, et l’ultime représentante du raffinement des courtisanes.
Mais à la différence de son aînée, l’oiran n’avait pas à être impliquée dans le chant ou la danse, arts réservés aux geishas apparues entre temps.
Liée à une étiquette sévère et à un enseignement rigoureux, sa renommée était immense, et à la différence des simples filles de joie qui n’avaient pas la liberté de quitter les quartiers de la prostitution, l’oiran pouvait être appelée au dehors, auprès des seigneurs et hauts dignitaires.
Cependant, en tant que représentante du raffinement ultime de la culture japonaise, sa vie était régie par une étiquette très stricte de plus en plus incompatible avec les changements que connut le pays, en particulier au XIXe siècle.
Le monde des oirans se voulait si clos qu’elles possédaient même leur propre dialecte, que le visiteur se devait de connaître s’il ne voulait pas être pris de court.
La procédure très compliquée qui était requise pour approcher l’oiran – et les hautes courtisanes en générale – fit qu’elles tombèrent peu à peu en désuétude, les clients leur préférant les geishas, plus abordables, pour le divertissement, et les prostituées plus classiques pour l’amour.
Le grade d’oiran se subdivise en trois autres sous-grades : la yobidashi chûsan, la chûsan, et latsukemawashi.
Aujourd’hui, ce grade existe toujours, ainsi que celui de tayû, mais il s’agit plus d’un phénomène culturel, et celles-ci ne prodiguent plus de services sexuels rémunérés.

Zashikimochi
Juste en dessous de l’oiran, cette courtisane possède son propre appartement et coûte un peu moins cher qu’unetsukemawashi. Comme l’oiran, elle peut avoir une ou deux servantes.

Heyamochi
Dans ce dernier groupe, les courtisanes possèdent une simple chambre et n’ont pas de servantes; mais elles restent beaucoup plus abordables.

Le personnel de la maison close

Kutsuwa
Le propriétaire. Sous ce terme se cache un jeu de mots signifiant soit l’égoïsme, soit « celui qui oublie les 8 », c’est à dire les 8 vertus du Bouddhisme: respect filial, amour fraternel, politesse, piété, droiture, intégrité, loyauté et honneur.

Yarité
Elle vient juste après le tenancier ou la tenancière dans la hiérarchie, et est pourtant aussi importante que lui dans la gestion. Très souvent, ce sont d’anciennes courtisanes parfaitement instruites des ficelles du métier, et qui deviennent yarités lorsqu’elles sont trop vieilles pour continuer.
La yarité surveille absolument tout ce qui se passe dans la maison close, les courtisanes, qui elles reçoivent, le bon déroulement des activités, l’administration… Couramment, elles sont plutôt appelées « obasan » (tante) par les prostituées.
La chambre de la yarité se trouve juste en face des escaliers menant à l’étage où se trouvent les quartiers des courtisanes; de là, elle peut surveiller tout les allers et venus qui se font dans la maison.
Dans les bordels plus modestes, c’est la yarité qui reçoit les visiteurs et qui les oriente ou arrange les rendez-vous.
Autrefois, ces femmes étaient chargées de punir sévèrement les courtisanes qui avaient failli à leurs devoirs.
Les punitions infligées par la yarité consistaient à frapper la yûjo avec une pipe ou un bâton, à l’affamer ou à la gaver, à lui faire faire sa toilette avec une haut salée à l’extrême…
La pire des punitions étant d’attacher la prostituée avec des cordages de lin, la faire pendre au plafond et l’asperger d’eau: en séchant, la corde tendue rétrécissait et entaillait la peau de la prostituée.
Ce genre de lynchage pouvait parfois aboutir à la mort pure et simple de la yûjo. Heureusement, ces pratiques disparurent au XIXe siècle, lorsque les prostituées gagnèrent davantage de droits.
La yarité avait une réputation terrible même parmi les clients qu’elle faisait punir, lorsqu’une courtisane accusait l’un d’eux de lui être infidèle.

Kamuro
Un oiran accompagnée de ses deux kamuros
Les kamuros sont des fillettes d’entre 5 et 13 ans qui prennent modèle sur les pages de la cour. Chaque courtisane haut placée en a une, voire même jusqu’à 3 pour une tayû.
La kamuro est une aide pour toute sorte de choses, elle tient compagnie, prépare le kiseru lorsque la courtisane désire fumer, assiste aux soirées où elle passe l’essentiel de son temps à servir le saké.
En journée elles ont beaucoup de temps libre pour se promener ou jouer.
Les kamuros les plus prometteuses sont éduquées par la courtisanes qui les considèrent comme des filles adoptives, ce qui est parfois presque le cas puisque les kamuros qui n’ont pas été louées à leurs parents sont souvent des enfants illégitimes nées d’ »accidents ».
Les kamuros sans capacités particulières se contentent d’apprendre à lire et à écrire, et servent plus tard d’aide dans la maison close.
Lorsqu’elles ont du talent, elles passent alors au rang de shinzô.

 
Shinzô
Oiran accompagnée de deux shinzôs et d’une kamuro
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Une shinzô est une apprentie courtisane éduquée de 13 à 23 ans.
Avant le milieu du XVIIIe siècle, il leur était interdit d’avoir une relation avec des clients, mais après 1761, cela fit partie du passage nécessaire pour leur formation.
Leur prix équivalait alors à à peu près celui d’une heyamochi.
Lorsque la kamuro devient shinzô, on donne une cérémonie durant laquelle la nouvelle apprentie parade dans le quartier pour se présenter aux maisons de thé, reçoit des cadeaux, des soins, et beaucoup d’argent est misé sur elle en fonction de sa capacité à séduire.
C’est souvent à ce moment là que la shinzô fait son initiation sexuelle.
Une somme importante est également versée à ses parents, le mi no shiro kin (le prix du corps); la kamuro, jusqu’ici louée à ses parents, est désormais achetée lorsqu’elle devient shinzô.
Cependant, pour éviter la rétractation des parents à la fin du contract, les tenanciers préfèrent acheter directement les kamuros plutôt que les louer.Wakaimono
Ce sont des domestiques des maisons closes qui ont la particularité d’être des hommes, à la différence de l’okiya des geishas où les garçons sont proscrits.Zegen
Un employé méconnu des maisons closes, qui d’ailleurs ne fit pas long feu car son rôle fut interdit très vite.
Il consistait à kidnapper des jeunes filles, souvent de manière brutale, pour les enfermer dans les bordels.ASPECTS DE LA VIE QUOTIDIENNE

La journée de travail
Elle commençait à 18h, lorsque l’on sonnait la clochette de l’autel shintô de la maison.
L’ensemble des rites purificatoires du Shintoïsme faisait que c’était cette religion qui était pratiquée dans le monde de la prostitution, plutôt que le Bouddhisme.
L’autel abrite une statue en forme de membre viril symbolisant le dieu
Effigie de Konseï, pour ceux qui s’interrogeraient
Konseï, dont la légende raconte qu’il prit pour épouse une femme dont le vagin était armé de dents ; or, le sexe de Konseï était si dur qu’il en brisa les crocs, et que dès lors l’homme resta pour toujours auprès de son épouse.
Prier ce dieu était censé garantir aux courtisanes la fidélité de leurs clients.
Après les prières, les yûjos se placent dans la cage de la devanture pour attendre les clients.
Elles sont très souvent accompagnées par des geishas réservées aux maisons closes, les uchi geishas, qui se chargent de jouer de la musique durant l’attente.
Cependant, il était strictement interdit à ces geishas de faire commerce de leur corps : la frontière très nette établie entre les services de la geisha et ceux de la prostituée permettait à ces deux mondes de ne pas se faire ombrage, en préservant le statut officiel de chacun des deux partis.
Lorsqu’un homme choisissait une prostituée, il était censé la gratifier d’un banquet animé par des geishas qui le faisaient manger et boire (beaucoup) ; ce n’est qu’aux alentours de 22h qu’il pouvait se retirer avec la prostituée, autrement dit, une heure avant qu’un garçon ne vienne annoncer la fermeture du quartier.
C’est à ce moment là qu’Ô-mon, la grande porte à l’entrée du Yoshiwara, avait coutume de fermer. Mais en vérité, une petite porte dérobée restait ouverte jusqu’à une heure du matin.
Ceux qui passaient la nuit là-bas étaient priés de se retirer sur le coup de 6h du matin.
Les courtisanes pouvaient dormir jusqu’à 10h, après quoi elles prenaient leur petit déjeuner et faisaient leur toilette ensemble, s’habillaient, se maquillaient et se coiffaient.
Elles prenaient leurs repas en commun, ou dans leurs appartements. C’était à elles de se le préparer, avec des ustensiles achetés par elles et qu’elles conservaient dans leur chambre.
Même si elles possédaient une servante, cette dernière se contentait de leur faire bouillir du riz, et elles devaient se charger du reste.
Elles avaient le reste de la journée pour s’occuper à ce qu’elles voulaient, jouer, se faire dire la bonne aventure, faire des emplettes et se promener dans le quartier, jusqu’à 18h où une nouvelle journée de travail commençait.
Il leur était en revanche strictement interdit de sortir du quartier. Autrefois, une coutume le leur permettait, exclusivement pour aller contempler les cerisiers en fleurs au printemps.
Mais cette coutume tombe en désuétude au milieu du XIXe siècle.

Seules les tayûs et les oirans ont droit de quitter le quartier, pour se rendre à la cour ou chez des représentants officiels. Concernant les simples prostituées et les courtisanes de seconde zone, elles n’ont le droit de sortir qu’en cas de convocation en justice, auquel cas elles sont accompagnées par la yarité, ainsi que par cinq gardes, deux serviteurs (wakaimono) et par le tenancier.
Elles ne parlent pas, la yarité s’en charge elles.
Un droit de sortie exceptionnel – dont elles doivent faire la demande – peut leur être allégué si elles apprennent que l’un de leurs parents est gravement malade.
Elles peuvent alors se rendre à leur chevet, accompagnées de la yarité. La même autorisation peut leur être accordée si ce sont elles qui sont malades et qui réclament des soins dans un hôpital extérieur.
Toutes ces précautions étaient dues aux nombreuses fugues qui avaient lieu dans ces quartiers. Parfois à cause de dettes, parfois pour retrouver un amant.
Le tenancier déploie alors tous les moyens possibles pour retrouver la fugueuse, les maisons voisines sont averties, on envoie des hommes, la police et des détectives pour remettre la main sur elle, et c’est souvent ce qui se passe.
Le coût de la recherche est alors ajouté à la dette déjà massive de la courtisane, sa servitude est prolongée, et elle se fait durement battre pour lui faire passer l’envie de recommencer.
Les plus courageuses qui s’enfuiraient 2 ou 3 fois sont simplement revendues.

L’habillage
L’or et l’argent étant réservés à l’aristocratie, les courtisanes des premiers temps eurent l’interdiction d’en porter.
L’autre distinction venait non pas forcément du fait que leur obi était noué sur l’avant, comme ce fut également le cas chez les épouses, mais surtout que ce obi était plus large: la taille standard du obi féminin était de 8 centimètres de large; celui d’une prostitué était de 16 centimètres.
La différence la plus notable chez les courtisanes et les prostituées réside dans le fait que celles-ci ne portent jamais de tabis.
Le pied étant une zone considérée comme aussi érotique que la nuque, les yûjos portaient leurs getas pieds nus quel que soit la saison.

Getas pour oiran
Le kimono de base des courtisanes était constitué de 5 couches (4 kimonos de satin et un de soie), équivalant à 3kg au total; celui de l’oiran montait jusqu’à 11kg, et était d’autant plus pesant que pour les jours de parade, l’oiran portait une perruque de 8kg, ainsi qu’une paire de getas de 4kg chacune. La hauteur des getas définissait le rang de la courtisane: plus elles étaient hautes, plus sa place était importante.
Ces chausses allaient de 16 à 24 cm, 30 pour l’oiran, avec des échelons de 1,5cm pour chaque grade.
Les longues épingles en écaille de tortue qui ornaient la coiffe des courtisanes les plus renommées étaient censées évoquer les rayons d’une lumière céleste auréolant la tête de ces femmes, comme pour rappeler l’origine pieuse de la première des prostituées, ainsi que la place prépondérante que ces femmes occupaient dans le patrimoine culturel du Japon.Avortement et contraceptionMoxibustion
Parmi les différents moyens de contraception employés par les prostituées, les plus fameux étaient le papier de Yoshino et le moxa. Le papier de Yoshino, très fin et doux, était glissé dans le vagin pour faire tampon; quant au moxa, il était appliqué sous le nombril à certaines périodes du mois pour agir comme contraceptif.
En cas d’accident, tout était à la charge de la yûjo qui pouvait choisir de mettre son enfant au monde ou non.
Le bébé était alors placé en nourrice, sauf si c’était une fille; son destin était alors de devenir prostituée comme sa mère.
Le plus souvent, l’avortement était choisi par les prostituées, même si la somme demandée pouvait atteindre celle d’une nuit avec une oiran. Dans la mesure où un accouchement pouvait coûter aussi cher qu’un avortement, la prostituée se retrouvait souvent dos au mur dans les deux cas.Mort, suicide et maladie
En 1867, il fut établi par un médecin anglais que 80% des prostituées résidant dans les ports de Yokohama, Nagasaki et Kobe était syphilitiques.
Ce fut également l’année où l’on fit construire le premier hôpital dédié aux maladies vénériennes à Yokohama.
Les nombreuses visites préventives firent redouter aux tenanciers des maisons la cessation de toute activité, aussi nombreux furent ceux qui s’opposèrent à leur exercice.
Ils usèrent ainsi de différents stratagèmes, qui consistaient notamment à présenter une femme saine en la faisant passer pour la prostituée malade.
Les moyens traditionnels pour guérir des maladies vénériennes consistaient à prendre des eaux thermales sulfureuses, ou a boire de la tisane de bulbe de lys. Nombreux allaient également prier au temple d’Inari Kasamori, dont le nom peut être lu comme «qui protège (mori) de la syphilis (kasa)».
Les courtisanes de haut rang pouvaient couvrir les frais des soins. On se pliait en quatre pour venir en aide à uneoiran malade : celle-ci pouvait faire une villégiature curative dans la maison de son protecteur, elle était accompagnée au temple…
La syphilis avait pour conséquence une nette baisse de la fécondité, ce qui pouvait en arranger certaines lorsqu’elles y survivaient.
Mais concernant les prostituées plus modestes, elles étaient souvent livrées à elles-mêmes, et placées en quarantaine par des tenanciers qui les laissaient mourir de faim.
Si on percevait un espoir de guérison, on faisait appel à un docteur bon marché; mais dans le cas contraire, on laissait mourir la prostituée en convoquant simplement ses parents.
Certaines ne laissaient même pas le temps à un espoir de guérison et préférait se donner la mort lorsqu’elles se savaient gravement malades.
Les maladies vénériennes n’étaient évidemment pas la seule cause de morbidité dans les quartiers de plaisirs.
Nombreuses furent les prostituées qui développaient une anxiété maladive due aux problèmes d’argent, à la peur des maladies vénériennes ainsi qu’à celle des punitions corporelles.
Lorsqu’une prostituée mourrait, elle était évacuée en toute discrétion et enterrée sans artifice à l’extérieur du quartier.
La pratique du shinju, le double suicide amoureux, devint également une cause de mort répandue qui culmina dans les années 1688 à 1735.
Il résultait d’un amour impossible entre la yûjo et son client, lorsque celui-ci n’avait pas assez d’argent pour l’acheter ou la fréquenter, lorsqu’ils se savaient condamnés par la maladie, ou simplement lorsque la prostituée ne désirait plus servir d’autres hommes.
Le shinju exaspéra le shogunat à tel point qu’il punit les couples qui se rataient, en les exposant durant 3 jours à la vue de tous. L’homme était bien souvent condamné à mort lorsqu’il ratait son suicide, quand à la prostituée, elle était bannie du quartier des maisons closes à perpétuité.

US ET COUTUMES DU QUARTIERS DES PLAISIRS

sato kotoba, le parler des courtisanes
Ce dialecte ancien signifie littéralement « langage (kotoba) du quartier des maisons closes (sato) ».
Il est formé de variations grammaticales, d’abréviations, de pseudonymes tirés de la littérature, et notamment du Dit du Genji de Murasaki Shikibu.
Il était très difficile aux clients débarquant dans ces quartiers de comprendre la signification de cet argot.
A titre d’exemple, des tournures telles que gozaimasu et omoimasu se disaient gozarisu/ozansu et omoisu. D’autres expressions voyaient leur forme intégralement transformée:
(Sato kotoba = japonais classique = français)

Tanabata = Tama ni kuru kyaku = un client occasionnel.
O yukari sama = Najimi kyaku = un habitué
Pochi-pochi = Oiran ni kawai garareta hito = le favori d’une courtisane
Chaki-chaki = Oiran ni niku mareta hito = un client haï par une courtisane
Sô dakka = Sô desu ne = vraiment ?
Yô zansu = yô gozaimasu = d’accord.
Oide nasen ka e = Oide nasai masen ka = est-ce que tu viendras ?
O busharezansu na = Baka ni suruna = ne me prends pas pour un(e) imbécile.Les (fausses) preuves d’amour
Les clients des courtisanes attendaient souvent d’elles que celles-ci leur manifestent un amour sincère, par différentes preuves d’affection.
Un manuel de savoir-vivre à l’usage des yûjos indiquait à ces dernière quelques phrases bien faites pour maintenir l’attention du client.
Il indiquait de lui écrire souvent, de se mettre en valeur pour montrer qu’au delà de son rôle de prostituée, la courtisane savait être femme d’intérieur et épouse, mais également de lui glisser quelques « c’est la première fois que je ressens un tel plaisir durant mon travail » ou « j’aimerai tant me promener dehors auprès d’un homme comme toi ».
Malgré cela, quelques clients insistants pouvaient exiger des preuves plus concrètes.
Et notamment, un des ongles de la courtisane, qu’elle devait s’arracher et lui offrir.
Les yûjos eurent très vite recours à des subterfuges pour pallier à cette offrande extrêmement douloureuse, en découpant un faux ongle dans une plume de corbeau qu’elles enduisaient de sang, avant de maquiller leur doigt de manière à ce que le client n’y voit que du feu.
Et c’était bien souvent le cas.
Une autre preuve d’amour consistait à se faire tatouer le nom de son client sur le bras, soit par la pratique de l’irebokuro (tatouage d’un grain de beauté sur la main, qui ne forme qu’un lorsque les mains des deux amants sont liées) ou par celle du kishibori: il s’agissait de tatouer le nom du client, accolé à l’idéogramme « vie » pour montrer son attachement éternel. Mais une fois encore, les yûjos savaient comment se défaire de ce type de tatouage en faisant brûler du moxa dessus jusqu’à ce qu’il disparaisse.
L’ultime preuve d’amour, en dehors du double suicide amoureux, était la mutilation d’un doigt.
Cet acte particulièrement glauque se faisait en présence de deux autres courtisanes, dont l’une maintenait le rasoir sur l’articulation de l’intéressée, tandis que la troisième assénait un violent coup de bouilloire sur la lame.
Celles qui n’avaient pas plusieurs doigts à donner en subtilisaient sur des cadavres.
Il existait également un long procédé, qui pouvait être réalisé par des mercières, pour fabriquer un faux doigt avec de la poudre de riz.Charmes magiques
Les quartiers de maisons closes n’étaient pas dénués de leur lot de superstitions et de charmes magiques.
On comptait également certains mots porteurs d’un sens néfaste auxquels on en substituait d’autres: le mot thé par exemple, o-cha, était censé porter malheur, car il appartenait à l’expression o-cha wo hiku, « moudre du thé », que l’on employait pour parler d’une courtisane sans client.
On lui préférait le mot agari-bana, la fleur montante, pour désigner le thé, en référence au client qui monte les escaliers pour rejoindre la courtisane.
Le Shôbai Orai était consacré à l’ensemble des charmes pratiqués dans les quartiers de plaisirs et dont sont ici tirés quelques exemples :
Pour faire venir le client lorsqu’il n’y a pas de passage
Faire brûler une poignée de moxa au creux de son oreiller.
Ou bien, lier deux oreillers ensemble avec son obi, et les lancer en l’air dans une pièce éteinte.
Ce charme est paraît-il l’un des plus efficaces qui existe.
Pour se garantir la fidélité de l’être aimé
Faire bouillir ensemble une part de saké, une part de vinaigre, un part de sauce soja, une part d’huile, une part d’ohagura (mixture pour noircir les dents), une part d’eau, une une mèche de tôshin (végétal servant à éclairer).
Une fois ces 7 ingrédients bouillis, ajouter un dessin des parties génitales de l’être aimé.
Faire bouillir à nouveau, afin de s’assurer que le client visé ne sera pas volage.
Pour lire dans les pensées d’un homme endormi
Très tôt le matin, pendant que le client dort, récupérer une de ses sandales, et lui masser très doucement la poitrine avec.
Ce faisant, lui poser toutes les questions auxquelles on désirerait qu’il réponde.
Il le fera, comme dans un rêve; après quoi la courtisane doit remettre la sandale à sa place, et retourner se coucher.
Pour faire partir un client
Placer dans un petit paquet une poignée de cendres tièdes, et les glisser sous le matelas, près des pieds du client.
Cela le fera partir immédiatement.L’oiran dôchûParade de l’oiran
C’est le spectacle le plus splendide du quartier des plaisirs, qui a lieu trois fois dans l’année pour célébrer lafloraison de chaque saison.
Au printemps, lorsque les cerisiers sont en fleurs ; en été, sous les glycines et les iris ; et en automne, lorsque fleurissent les chrysanthèmes, l’un des symboles nationaux du Japon, et fleurs de l’empereur.
Le cortège part de la maison de thé ; un annonceur le précède, équipé d’un bâton à clochettes.
Il est suivit par un serviteur muni d’une lanterne arborant le blason de l’oiran.
Trois ou quatre kamuros venaient ensuite, habillées de leur plus beau kimono et coiffées de fleurs Enfin, l’oiran, accompagnée de deux autres serviteurs et de nombreuses servantes.
A cette occasion, l’oiran portait deux très lourdes getas qui demandaient un entraînement particulier pour pouvoir marcher avec. On appelait traditionnellement cette démarche le hachimonji ni aruku, la démarche en huit, très lente, où il fallait incliner le pied pour se déplacer.
L’oiran avançait à travers la foule tenue à l’écart, vêtue d’un somptueux kimono aux broderies riches et complexes.
Avec son regard à la fois distant et fixe, elle était revêtue d’une aura quasi religieuse qui entretenait la splendeur de ce défilé.
La parade de l’oiran a été interdite dans les années 50, avec la fin de la prostitution légale.
Néanmoins, ce défilé à été remis au goût du jour dans la ville de Tusbame, et est désormais connu sous le nom de Bunsui Sakura Matsuri Oiran Dōchū.
Trois oirans défilent à la période du mois d’avril, sous les cerisiers en fleurs, dans un cortège constitué de près de 70 personnes.

LES NOUVELLES FORMES DE PROSTITUTION

La « fin » de la prostitution, et la fermeture des quartiers de plaisir a officiellement eu lieu en 1956.
néanmoins, face à l’arrêt de la prostitution légale, on a vu se développer une multitude du substituts aux quartiers de plaisirs où sont proposés des services variés.
Parmi ces nouveaux lieux de la prostitution, on recense:
Les Soaplands en tête, qui furent les premier à remplacer les maisons closes après leur fermeture définitive en 1957.

Dans ces salons de massages, le client se fait savonner le corps et les parties par une companion qui peut ou non lui prodiguer un rapport sexuel.
De plus en plus actuellement, les soaplands sont concurrencés par lesdelivery health, qui proposent les mêmes services à domicile.Les Fashion health, des salons de massages où sont notamment proposées sodomie et fellation, pour ne pas enfreindre la loi qui concerne la pénétration vaginale. A noter que la plupart des « prostituées » japonaises se font appeler healthjô (ヘルス嬢), « celle qui s’occupe de la santé »Les Pink Salons, assez peu cher, qui ont officiellement pour but « d’offrir un soutien moral » à leurs clients.
En réalité, la spécificité de ces salons est qu’ils sont exclusivement consacrés à la fellation sous toutes ses formes. Lacompanion ne pratique pas pas le coït, mais le client peut tout à fait lui donner rendez-vous dans un hôtel proche.
Les Salons de danse, où la danseuse en tenue légère se trouve derrière une vitre, qui donne sur des cellules privées où le client peut se masturber.
Les Image Club (Imekura), semblables aux Pink Salons, où les companions n’exécutent que des fellations dans des tenues suggestives, souvent celles de professions (écolière, infirmière, etc…)Les Telephone Club (Telekura), un service de téléphone rose organisé depuis un salon consacré, où les clients peuvent notamment se faire remettre une liste de numéros de téléphone, à partir desquels ils peuvent convenir d’un rendez-vous.
Le plus souvent, leur appel est relayé par des centres spéciaux qui les mettent en contact avec des jeunes filles.
L’Enjo Kôsai: une des dernières manifestations des nouvelles formes de prostitution, mais qui reste une des plus connues, dans la mesure où il est lié à l’imaginaire Kogal et a été relayé par de nombreux médias.
L’Enkô est assez solidement lié aux telekuras, qui relayent les appels vers les téléphones des lycéennes intéressées. Ce phénomène est souvent pointé du doigt pour accuser les effets d’une société consumériste où les jeunes filles se prostituent pour pouvoir se payer ce qu’elles veulent.
Néanmoins, Enkô et prostitution ne doivent pas forcément être amalgamés, puisque les rendez-vous ne débouchent pas forcément sur des relations sexuelles.